L’eau en bouteille ou du robinet ?
21 juin 2009
L’eau en bouteille à la cote. Les raisons en sont multiples et ne sont pas toujours fondées. Le marketing intensif des industriels pousse les consommateur à préférer les eaux en bouteille et donner le (faux) sentiment d’opter pour la sécurité.
La qualité bactériologique de l’eau
L’eau du robinet doit satisfaire à de nombreuses exigences en terme de qualité sanitaire. Elle répond à 48 critères de potabilité [source: observatoire bruxellois de la consommation durable]. Un niveau d’exigence élevé parfois bien au-dessus de la qualité des eaux minérales pour lesquelles on accepte une certaine tolérance. Cette rigueur est sans doute liée à l’origine de l’approvisionnement. L’eau minérale ou de source est directement tirée de nappes souterraines. Contrairement à l’eau du robinet, elle ne nécessite aucun traitement de désinfection. Les consommateurs préfèrent une eau traitée le moins possible. L’eau de ville souffre également des quelques épisodes de pollution (taux de nitrates et de pesticides au-delà des normes) ces dernières années. Il n’en demeure pas moins que l’eau du robinet est une denrée alimentaire la plus surveillée et respecte de nombreux seuils limites de qualité.
Malgré cela, certains marques tentent encore de dénigrer l’eau du robinet, font peser des soupçons sur sa qualité et créent un climat de méfiance ou de peur.

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Les qualités thérapeutiques
On nous dit souvent que les eaux en bouteilles sont plus riches en sels minéraux, oligo-éléments, etc. C’est vrai, notamment les eaux minérales reconnues pour leurs effets thérapeutiques. Ceci dit, ces apports ne sont pas indispensables pour une personne en bonne santé et sans carence particulière. Par contre, si une prise de sang révèle un manque de magnésium ou un problème intestinal, il est conseillé de choisir une eau minérale adéquate. Dans la majorité des cas, les consommateurs ne choisissent pas en fonction de leurs besoins biologiques mais selon d’autres critères comme le goût, le prix, le packaging, les vertus alléguées… Une alimentation saine et diversifiée suffit amplement a couvrir les besoins de l’organisme.
Le goût de l’eau
L’argument du goût est plus discutable. Étant donné que l’eau doit être purifiée et passer dans les canalisations, il convient de lui apporter des traitements pour éviter le développement de germes. Selon les endroits, l’eau peut avoir un goût plus ou moins prononcé de chlore. Mis à part cet élément, les tests en aveugle montrent assez clairement qu’il est difficile de faire la différence entre une eau du robinet et une eau en bouteille.

Eau tirée directement du robinet (Reims)
De manière générale, il est bon d’avoir certains gestes de consommation à l’égard de l’eau du robinet.
- Laissez couler l’eau jusqu’à ce qu’elle soit fraîche avant de la boire.
- Laissez l’eau s’aérer quelques minutes dans votre verre ou votre carafe.
- Protégez l’eau dans une bouteille fermée ou carafe fermée.
- Ne gardez pas votre eau plus d’une journée dans une bouteille.
- Rincez votre bouteille ou carafe à chaque utilisation.
- Nettoyez régulièrement votre carafe avec de l’eau vinaigrée et du sel ; rincez bien.
La marque Brita a su tirer profit du principal inconvénient émis par les consommateurs. La carafe permet de filtrer l’eau et de lui rendre un goût plus neutre. Selon les indications du fabriquant, il faut changer le filtre toutes les 4 semaines… double intérêt pour la marque mais embarrassant pour un esprit écologique. De plus, les consommations variant selon les besoins et les périodes, on oublie vite de changer le filtre. De ce fait, l’effet bénéfique s’annule et deviendrait même un inconvénient pour la santé. À lire ailleurs: « Brita n’est pas près de tomber à l’eau ».

Autres considérations
Au point de vue de la potabilité, nous n’avons pas de crainte à avoir vis-à-vis de l’eau du robinet. Selon les régions, elle peut avoir un léger goût de chlore, atténué en laissant reposer l’eau. Si la bouteille reste intéressante pour les déplacements (voyage, sport, école), c’est un produit 100 à 300 fois plus coûteux à l’achat. Le transport de ces eaux, souvent en camion, est un gaspillage écologique. Les déchets en plastique sont un autre problème à considérer même si le recyclage est de plus en plus présent. Notons également que la plupart des eaux en bouteilles proviennent de grands groupes industriels dont le premier objectif est de faire du profit en occultant souvent les dimensions sociales, éthiques et écologiques. Enfin, on peut se demander si cette idée largement répandue de boire 1,5 l d’eau par jour n’est pas une récupération du marketing dans la mesure où cette affirmation ne repose sur aucune étude scientifique sérieuse.
Le fait de dire « plus on boit, mieux on se porte » est une hérésie, ça ne repose sur aucune base scientifique. C’est certainement un argument marketing pour faire vendre des eaux. C’est au minimum inutile car beaucoup d’eau ingérée est apportée par les aliments solides et notamment les fruits et légumes. Les gens qui ont une consommation relativement importante de fruits et légumes peuvent se permettre de moins boire.
Xavier Cathelineau – Urologue français
Ressources
- « De l’or en bouteille » — Reportage sur France5
- « L’eau ça coule de source » — C’est pas sorcier
- « L’eau du robinet (PFD 231 Ko) — Crioc
- « Eau minérale et eau de source »
Tags : bouteille, eau, minérale, robinet, source
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