Archives de la catégorie ‘Critique’
Fast food ou food porno
10 avril 2009
Connaissez-vous Padma Lakshmi ? Moi non plus à vrai dire. Selon Wikipédia, Padma est comédienne, modèle, auteur de plusieurs ouvrages sur la cuisine et invitée de l’émission de télé-réalité « Top Chef ». À titre tout à fait facultatif, c’est une superbe femme. Rendez-vous sur son site web avec une mise en valeur de la photographie, une musique douce, beaucoup de grâce, de la finesse.
Prenez cette même personne et donnez-lui comme publicitaire un fast-food américain. Fini la délicatesse, on fait dans le purement suggestif. Et vas-y que je te lèche ce gros hamburger dégoulinant et vas y que j’en mets plein partout et surtout… j’aime ça. Voilà le contraste entre ce machin énorme responsable d’une bonne partie de l’obésité aux États-Unis et un modèle filiforme simulant un extase total dans la dégustation d’un hamburger. Vidéo pour ce Western Bacon Thickburger.
Tags : fast food, publicité, surconsommation, vidéo
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Castration à vif des porcelets
31 mars 2009
Dans un cours de boucherie, j’ai découvert que la castration des porcs mâles se faisait à vif. Les éleveurs préfèrent arracher à la main les testicules des porcelets plutôt que de les soumettre à une castration sous anesthésie. Ce type de procédé barbare est rapide (environ 10 secondes par bête) et le coût est réduit. La castration à vif existe depuis des décennies mais ce n’est que depuis le début des années 2000 qu’une forte pression des consommateurs exigent des méthodes plus respectueuses pour l’animal.
Dans le journal Vers l’avenir du 21 mai 2007, Gaia continue de condamner ce genre de pratique toujours d’actualité en Belgique: « Plus de 5 millions de porcelets sont castrés à vif, dans une douleur indescriptible, à l’aide d’une pince ou d’un couteau, par l’éleveur lui-même ». J’ai contacté le ministre Benoît Lutgen (22/04/09) pour en savoir un peu plus. Il m’a renvoyé vers la ministre Onkelinx étant donné que le bien être animal est une matière fédérale et relève de la santé publique (!). Il précise néanmoins qu’un arrêté royal devrait prévoir l’anesthésie des porcs à partir de 7 jours. Un conditionnel qui en dit long sur les motivations à vouloir changer les choses.
Il y a plusieurs raisons à la castration. Un porc castré ne produit pas d’hormones sexuelles. Il est donc plus tranquille et moins agressif vis à vis de ses congénères. Plus dociles, c’est aussi un avantage pour l’éleveur. Du point de vue de l’animal, la bête engraisse plus rapidement et l’odeur de la viande est beaucoup moins forte que celle du verrat.
En cherchant un peu, j’ai trouvé un document de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) sur la castration des porcelets.
- Lavez le scrotum à l’eau chaude et au savon, puis séchez-le.
- Faites descendre le testicule dans le scrotum avec votre doigt, puis saisissez fermement le scrotum sous le testicule entre le pouce et l’index.
- Pratiquez une coupure de 1 à 2 cm de long sur le fond du scrotum. Le testicule doit sortir par l’ouverture.
- Tirez le testicule en dehors du scrotum et coupez à travers le cordon blanc en épargnant le vaisseau sanguin rouge.
- Tirez le testicule encore plus en dehors et faites-le tourner plusieurs fois avant de couper le vaisseau sanguin entortillé en le grattant de haut en bas avec le couteau, ce qui contribue à réduire le saignement. Ne tirez pas pour briser le vaisseau sanguin.
Archives des documents de la FAO

Reste à savoir qui supportera les frais supplémentaires à l’alternative au modèle classique. Le consommateur est-il prêt à débourser davantage pour le bien être animal ? Une mention sur la nature de la castration sera-t-elle visible pour justifier du coût supplémentaire et sensibiliser par la même occasion les acheteurs ?
Tags : castration, cochon, porc
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Les fraises, en mai et pas avant !
3 mars 2009
En Belgique, la saison des fraises commence en mai et se termine fin juillet. Enfin… on trouve ce fruit rouge déjà bien avant sur les marchés. Cette variété de fraise précoce grandit sous serre. Elles sont forcément un peu plus cher à l’achat et moins goûteuses. Mais, est-on obligé de participer à un tel gaspillage écologique pour satisfaire nos petits plaisirs ? Des fraises belges oui mais pas n’importe lesquelles !
À côté des produits du pays, on trouve aussi des fraises d’Espagne, du Maroc ou d’autres contrées lointaines. C’est un gaspillage environnementale: serres chauffantes, transport par camion ou avion, utilisation de pesticide, épuisement des nappes phréatiques… Qui plus est, les conditions des travailleurs nord-africains, est-européens sont souvent déplorables.
Pour toutes ces raisons et bien d’autres (cf: l’article de Claude-Marie Vadrot ou le film documentaire El Ejido), attendez que nos bonnes fraises arrivent à maturation. Ainsi, vous ne vous rendez pas complice d’un gâchis écologique et humanitaire. Au contraire, vous faites profiter l’agriculture locale de saison. Retenez que les fraises ça commence en mai et pas avant. Et oubliez la congélation. En plus d’une dépense d’énergie, c’est franchement pas terrible.
[ Edit 03/05/09 ] Les fraises belges sont arrivées dans nos supermarchés. Elles viennent de Flandre et sont produites dans des serres, sur des plateaux à hauteur d’homme pour faciliter la cueillette. Ces fruits de chez nous sont plus chers (2,69 €/kg) que les hispaniques (0,99 €/kg) ! Cela montre bien que le coût de la main d’œuvre a une impact direct sur le prix. Pour ceux qui attendent les fraises de Wépion, cueillies à la main à même le sol, elles seront donc encore plus coûteuses. Et concernant le goût, pour avoir comparé les deux, les espagnoles sont bien plus sucrées. Au final, à moins d’être sensibilisé, le consommateur est guidé par des critères pratiques (prix et goût).
Tags : fraises, fruit, saison
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Columbus mise sur la peur
24 février 2009
« Un œuf par jour, en forme toujours » c’est en tout cas le slogan des professionnels de l’œuf [1]. Les diététiciens eux, reconnaissent volontiers les qualités nutritives de l’œuf mais conseillent d’en manger au maximum 3 par semaine pour les personnes en bonne santé. Les Belges en consommeraient 1,5 œuf par semaine, loin des Français avec plus de 4,8 œufs par semaine [2]. Pendant longtemps, les œufs ont souffert de cette mauvaise image et son effet dynamite sur le cholestérol.
Dans sa lettre d’information, le Crioc dénonce ce recours à la peur fait par la marque Columbus: « Vous n’aurez plus jamais peur des œufs ». Dans la partie « Contacts » du site web, une animation présente un étrange envahisseur à la voix glauque suivi de ses acolytes. Franchement pas crédible. Démarche étonnante alors que le groupe se vante de faire des études très sérieuses depuis plusieurs années sur la qualité des œufs. Cette nouvelle campagne dénote également sur l’ensemble du site plutôt reposant et dans un esprit « authentique ».

Comme le souligne très bien le Crioc, un arrêté royal stipule clairement qu »il est interdit d’utiliser dans la publicité pour les denrées alimentaires des références qui suscitent ou exploitent des sentiments de crainte et de peur [3]. La société commerciale prétend réajuster l’équilibre des Oméga 3 et 6 selon une alimentation bien spécifique et diminuer ainsi le cholestérol présent dans les œufs. Certes, cette diminution a été constatée (200 mg de cholestérol pour un œuf traditionnel, 175 pour un œuf Columbus) mais cela ne signifie pas une consommation sans aucun contrôle comme le laisse suggérer les responsables.
Columbus fait énormément de publicité dans les médias et met en avant des études approfondies depuis 5 longues années. Ces études n’ont que très peu d’intérêt à mon sens dans la mesure où elles ne sont pas effectuées par un organisme indépendant. Grosse campagne de communication sur ces œufs mais on ne trouve aucune photo sur les élevages. Je remarque également l’effet boomerang du marketing avec des œufs plus coûteux que la moyenne.
[1] CNPO
[2] Bientôt à table, émission radio de la RTBF (25/10/2008)
[3] Avez-vous peur des œufs, Crioc
Tags : columbus, oeuf, pub
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Cyril Lignac, pur produit marketing
15 février 2009
Autant le dire avant de commencer, je n’aime pas le personnage. Il a un style qui ne me va pas. Ça doit être son air prétentieux et rempli d’orgueil. Le genre de gars qui aime se mettre en avant et prétend tout connaître, tout faire mieux que les autres. Mon sentiment négatif s’est amplifié depuis une interview parue dans le Télé 7 jours en 2007 (découvert sur Culino Tests):
Lui et moi nous n’avons rien en commun ! Il n’est pas chef cuisinier, c’est un jeune qui fait la tambouille, c’est tout. Il a créé sa propre marque de sauces et condiments. Moi j’ai seulement accepté d’imaginer des recettes pour une marque de poissons surgelés et pour le « fromage des gastronomes en culottes courtes ». Nous n’avons pas la même culture culinaire. Moi j’ai été formé chez les grands chefs français. Allez manger cher lui, venez ensuite chez moi, et vous verrez la différence ! Je n’ai rien contre lui mais je ne suis pas le Jamie Oliver français.
Télé 7 jours – 3 novembre 2007
Il n’est jamais bon de rabaisser les autres et faire fi des évidences. Sans doute que Lignac en a pris de la graine puisqu’un an plus tard, son discours était plus modéré. On lisait dans le Télé 7 jours en 2008:
Je suis flatté de la comparaison, Jamie est un type brillant. Il est vrai qu’au départ, Oui Chef ! est une adaptation de son émission Jamie’s Kitchen. Mais la ressemblance s’arrête là.
Télé 7 jours – 20 novembre 2008
Certains ont longtemps cassé du sucre sur le dos de Lignac pour avoir grossièrement copié le concept télé de Jamie Oliver. En réalité, le concept est sans doute né dans la tête d’un créatif de la boîte de production de l’émission. Dans un premier temps, Jamie a servi de marionnette. Émission montée de toute pièce qui lui a servi de tremplin par la suite. Lignac est une autre marionnette issu du même projet commercial avec une « adaptation » à la française. De là, les mauvaises langues continueront à penser que le grand mince n’est qu’une pâle copie du petit débrouillard, le talent en moins. Ce qui n’est pas tout à fait faux.

Ce « grand » cuisinier ne cesse de remplir les étales de mon p’tit libraire et celui de la Fnac. Ces livres sont sans doute très soignés au niveau de la présentation (dont il n’y est pour rien) mais sans grand intérêt sur le fond ni d’une créativité débordante. Avec plus d’une quarantaine de livres à son actif, on pourrait penser que le jeune cuisinier français passe son temps à la rédaction. En réalité, Cyril s’attribue des livres pour lesquels il a préfacé ou annoté quelques astuces. Pour les autres, des pigistes (dont Sophie Brissaud) s’attèle à écrire les textes et les soumettre in fine à l’approbation du chef (source: Cuisiner en ligne). Peut-être est-ce l’inverse: les maisons d’édition produisent du contenu, recyclé, mis au goût du jour et l’emballe avec une touche de Lignac, excellent filon à la vente. Technique marketing très en vogue et à la limite de la malhonnêteté. Certes, il n’est question que de recettes mais l’absence de transparence évidente montre bien une forme de manipulation. C’est certain, c’est pas demain que j’achèterai un livre de lui ou un numéro de ‘son’ magazine.
Mais l’homme a d’autres tours dans sa manche. Boosté par les protéines Kiri, Lignac a le don d’ubiquité avec ses deux restaurants à Paris et un troisième au Maroc. Il trouve même le temps d’apporter sa petite touche personnelle (décidément c’est une manie) au cinéma d’animation ou pour une quelconque publicité. Pour être en haut de l’affiche, et s’en mettre plein les fouilles, il faut diversifier ses activités. Fini la période des chefs entêtés à rester au fourneau et prompt à saluer un client en salle. Désormais on parle d’image médiatique, de marketing à la grosse louche, de business. Ce n’est pas le premier à le faire et ça ne sera pas le dernier.
Tags : business, pub, surconsommation
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